Modes d'être, degrés d'être

Résumé ou Présentation: 

Pour la troisième année consécutive, le département de Philosophie d’Aix-Marseille Université et l’Institut d’Histoire de la Philosophie organisent des journées de philosophie analytique avec des chercheurs de dimension internationale. 

Ces journées sont adossées, pour que les étudiants puissent en tirer parti, à un séminaire ouverts à tous les étudiants mais destinés plus particulièrement aux doctorants de l’Institut d’Histoire de la Philosophie qui, par ses recherches en histoire de la philosophie contemporaine, continue la tradition aixoise de recherche en philosophie analytique. Ce séminaire portera, au second semestre 2018-2019, sur « Modes d’être, degrés d’être » sous la responsabilité d’Isabelle Pariente-Butterlin et de Guillaume Bucchioni. 

 

Descriptif du projet : 

 

La notion d’« être » est une des notions fondamentales de la philosophie en général et de l’ontologie en particulier. Un des types de questionnement portant sur cette notion a pour objet la nature de l'être. Il peut être formulé par la question suivante : « Qu'est-ce que l'être ? ». Nous essayerons, dans cette journée, de répondre aux questions suivantes : Que signifie pour une entité « exister »? Le sens du mot « être » est-il univoque ou au contraire ce terme admet-il des sens différents ? Y a-t-il des modes, des sortes ou des façons d'être différents correspondant aux différents sens du mot être ? Doit-on distinguer être, exister tout-court, exister, subsister, etc…? Y-a-t-il des degrés d'être, c'est-à-dire y-a-t-il des entités qui existent plus que d'autres ou tout ce qui existe existe-t-il au même degré ? Les questions sont aussi nombreuses que fondamentales.

Cette journée a pour but de traiter plus précisément ces notions de modes et de degrés d'être. Historiquement, depuis Platon jusqu'à Husserl en passant par Aristote, Thomas d'Aquin, Descartes, Kant, Russell, Moore, les notions de modes et degrés d'être ont toujours été présentes dans la recherche métaphysique et deux thèses n’ont cessé de s’opposer, celle de l’unité et de l’unicité de l’être, et celle de l’existence de degrés voire de modes d’êtres.

Puis l'étude et l'utilisation de ces notions ont été abandonnés avec le tournant amorcé par Quine, puis continué dans le paradigme néo-quininen, selon lequel il n'y a ni mode d'être ni degré d'être, mais où être c'est tout simplement être une valeur d'une variable. Ce questionnement a ressurgi récemment dans le cadre de la métaphysique contemporaine grâce notamment aux travaux de Kris McDaniel et à son ouvrage récent The Fragmentation of Being.

Nous souhaitons dans cette journée poursuivre cette réflexion sur les modes et degrés d'être et la mener dans les différents champs et domaines de la philosophie comme, pour n'en donner que quelques exemples, l'histoire de la philosophie, la philosophie morale, l'esthétique, la logique, la philosophie analytique, ou encore la métaphysique.

 

Organisation de la journée : 

Selon le modèle bien établi de ces journées de philosophie analytique, qui réunissent des chercheurs éminents dans ce domaine et de réputation internationale, la matinée portera sur des questions liées à l’histoire de la philosophie analytique et l’après-midi portera sur des développements plus contemporains de la question. 

Matinée : La question des modes et des degrés d’être dans sa dimension historique 

9h : accueil des participants ; allocutions d’ouverture

9h30 : Guillaume Bucchioni Le paradigme néo-aristotélicien vs le paradigme des degrés d’être

Le but de cette intervention est de présenter la notion de degrés d’être au travers d’une question méta-ontologique : quel est le but de l’ontologie ? Depuis Quine, la réponse communément acceptée est que le but de l’ontologie est de déterminer ce qui existe (ce qu’il y a). Cette réponse forme un paradigme appelé le paradigme néo-quinien (PNQ). Récemment, plusieurs philosophes ont critiqués PNQ et ont proposé un nouveau paradigme, le paradigme néo-aristotélicien (PNA), selon lequel le but de l’ontologie n’est pas de déterminer ce qui existe mais ce qui est fondamental et ce qui est dérivé. Encore plus récemment, McDaniel et Turner ont remis au goût du jour la notion de degrés d’être. Je souhaite montrer que cette notion peut permettre de construire un nouveau paradigme, le paradigme des degrés d’être (PDE), selon lequel le but de l’ontologie est de déterminer le degré d’être des entités. Je souhaite montrer que PDE possède le même avantage que PNA face à PNQ mais qu’il est idéologiquement plus parcimonieux et qu’il n’est pas soumis aux critiques que rencontrent PNA.

10h 15 : Sébastien Richard : Vers une hiérarchie ingardénienne des degrés d’être

La thèse du pluralisme ontologique, ou du pluralisme existentiel, comme Ingarden aimait à l’appeler, soutient qu’il existe différentes manières d’être, plusieurs modes d’être qui échoient aux objets. Si l’on admet cette thèse s’ouvre la possibilité d’une hiérarchie des modes d’être, certains objets ayant plus d’être que d’autres. Par exemple, Dieu semble exister plus pleinement que sa création ou Mme Bovary davantage que Flaubert. Le phénoménologue polonais Roman Ingarden défendait une telle idée, mais ne l’a jamais articulée de manière systématique. Dans cette conférence, je me propose de montrer comment son ontologie possède toutefois les ressources pour élaborer une hiérarchie permettant de classer tous les objets selon leur degré d’être. Ingarden analysait les différents modes d’être possibles selon une combinatoire de moments existentiels représentant autant de variétés de dépendance existentielle. L’idée centrale que j’avancerai alors est qu’un objet possède un degré d’être supérieur à celui d’un autre objet si le premier, en vertu du mode d’être qui lui échoie, en vertu de son essence, est davantage indépendant existentiellement que le second.

11h : Jean-Maurice Monnoyer  : Le pluralisme des modes

Le débat sur le pluralisme ontologique affecte la nature des modes, mais ils ne sont pas en eux-mêmes autre chose que des caractérisations, et non des entités à part entière : sous ce simple rapport, ils ne sont pas des modes d’être au sens absolu. Je discuterai donc dans cet exposé des acceptions reçues en interrogeant l’hypothèse de la fragmentation et de la quantification des existants, afin de mieux cerner la division ancienne des modes adesse et abesse. Puis je me risquerai à entrer dans le cœur du problème à partir de la discussion récente : faut-il penser qu’il y a des choses constituées de modes, et une autre réalité qui ne peut être cependant une Überrealität : ni un éther, ni une extension indéterminée de la matière (stuff) ? L’idée d’une fragmentation suppose une analyse temporelle implicite qui va à l’encontre de la caractérisation, et qui laisse place à une perplexité nouvelle.11h45 : Discussion

12h30-14h Pause déjeuner

Après-midi : Aperçus contemporains sur le renouveau de la question 

14h : François Clementz : Sur l’origine et l’absence de fondement de l’inégalité parmi les modes d’être

Que l’être se dise en plusieurs sens, auxquels correspondent autant de « manières » différentes d’exister, ne signifie pas qu’il existe à des « degrés » divers. Des modes aux degrés de l’être, la conséquence n’est pas nécessairement bonne.

Dans la première partie de mon exposé, et en repartant d’Aristote, je reviens sur la généalogie tant historique que conceptuelle de la confusion qui a pu s’établir au fil des siècles (et continue parfois de régner) ce point, et je soutiens qu’elle repose au moins pour une part, justement, sur une « erreur de catégorie ». Dans un second temps, je tente d’illustrer et d’étayer mon propos en examinant, sous cet angle un peu particulier, l’évolution des idées de Bertrand Russell touchant le statut ontologique et le mode d’être des relations.

14h45 : Baptiste Le Bihan : Contre la fragmentation de l'existence

Je commencerai par présenter deux cas possibles de fragmentation de l'existence en types (1. une réification des existences abstraite et concrète et 2. une certaine interprétation de la réification des niveaux de description), et deux cas de fragmentation de l'existence en degrés (3. le présentisme à degrés, et 4. le vague ontologique). Je soutiendrai qu'il ne faut pas morceler l'existence, que ces morceaux d'existence soient des types d'existence ou des degrés d'existence, impliquant de rejeter les approches présentées auparavant. A cet effet, je discuterai un argument récemment avancé par Trenton Merricks contre les types d'existence en soutenant qu'il peut être généralisé pour cibler les degrés d'existence.

16h : Peter Simons : L’être : pas des modes, pas clairement des degrés

La théorie des modes d’être vient d’Aristote. Mais sa théorie des définitions, qui implique ces modes, n’est pas obligatoire, et Aristote même viole ces propres normes. Il y a bien sûr beaucoup de sortes différentes des êtres, mais aucune raison d’accepter des modes d’être. À l’autre côté, à cause du vague on peut croire qu’il y a des propositions d’existence ni vraies ni fausses. S’il suit de ça qu’il y a des degrés d’être reste une question ouverte.  

16h45  : Discussion et discussion générale

Date: 
Mercredi, avril 10, 2019 - 09:00
Détails horaires: 
09:00 - 18:00
Lieu: 
Maison de la recherche Bâtiment T1 salle colloque 1
Adresse: 
29, Avenue Robert Schuman
13100 Aix-en-Provence
France
Auteur(s) / Organisateur(s): 
Isabelle Pariente Butterlin
Guillaume Bucchioni
Type de production: 
Organisation d'une journée d'études
Type de séminaire: 
Séminaire d'histoire de la philosophie moderne
Unité(s) de recherche: 
Histoire de l'ontologie et métaphysique
Codification AERES: 
COM
Année de la manifestation: 
2019