Joy Lassier

Pôle: 
Histoire de la philosophie ancienne
Grade: 
Doctorant
Unités de recherche: 
Vérité et langage
Année de première inscription: 
2017.00
Statut du doctorant: 
Contrat doctoral
Nom de la thèse: 
Les origines préplatoniciennes de la dialectique. Archéologie de la dialectique entre erizein, antilegein et dialegesthai.
Sujet de la thèse: 

L’on ne trouve pas d’occurrence du terme dialektikè avant Platon. En outre, il présente la dialectique comme la plus haute des sciences, comme la science suprême : ce vers quoi doit tendre l’entreprise noématique. Or, quand on cherche dans l’œuvre de Platon une définition stricte de ce qu’il entend par dialectique, on ne trouve que deux occurrences par lesquelles il explicite ce qu'il entend effectivement par dialectiser. Et, dans les deux cas, sa définition correspond à l’art socratique du dialegesthai : soit l’art de « donner et recevoir le logos » ou encore de « questionner et de répondre ». A minima, cette carence définitionnelle ne permet pas de discerner avec précision la spécificité platonicienne de la spécificité dialectique. 

Car en invoquant la méthode caractéristique de son maître qui mettait ses interlocuteurs face à leurs contradictions par le biais de questions et de réponses, et en ne donnant comme définition effective de sa dialectique que le dialegesthai socratique, Platon n’introduit pas une définition de la dialectique mais, à l’évidence, rend plutôt compte d’une tradition dont il hérite. 

Ainsi, prétendre que Platon est le père de la dialectique au motif qu’il est le premier à donner une dimension philosophique à ce concept paraît être une hypothèse fort improbable : nommant la dialectique, Platon ne fait que fixer une terminologie à ce qui préexiste. 

S’écarter d’une telle conception est inévitable afin de saisir l’origine véritable de la dialectique, tant sur le plan de sa pratique que de l’objectif vers lequel elle tend ; Platon lui attribuant principalement celui d’entreprendre « de saisir méthodiquement, à propos de tout, l'essence de chaque chose ». 

Zénon d’Élée, Protagoras, Socrate, Platon, Aristote : chercher un inventeur de la dialectique est une gageure. S’il est difficile d’attribuer l’invention de la dialectique et/ou sa pratique à un seul penseur, qui serait son Protos Heuretês, il convient de porter son attention sur l’étude sémantique du terme de dialectique lui-même et sur l’analyse de son concept.

En interrogeant l’entrelacement des notions d’erizein, d’antilegein, de dialegesthai, de rhètorèia, il devient possible de montrer ce qu’il en est de la véritable émergence de la dialectique, de lui donner un fondement intelligible, et un ancrage historique y compris dans la littérature archaïque. 

Mon propos est donc d’étudier et de montrer quelles sont les origines préplatoniciennes de la dialectique. Non seulement la dialectique platonicienne revendique un héritage éristique et rhétorique mais, de plus, l’elenchos socratique réinvestit l’antilogique d’un sens nouveau : le caractère dialogique des procédures antérieures s’enrichit de la réfutation. En sorte qu’il y a une préhistoire présocratique de la dialectique. Les préplatoniciens sont des dialecticiens. 

Sous la direction de (IHP): 
Alonso Tordesillas
Points forts de recherches et résultats marquants: 

L’enjeu de cette thèse consiste à étudier à nouveaux frais les procédures argumentatives des présocratiques ; autrement dit, produire, sinon une préhistoire, une archéologie de la dialectique. En outre, ce travail mène nécessairement à déterminer que la distinction entre rhétorique et dialectique chez les présocratiques puis les préplatoniciens est une distinction pertinente ou simplement une invention de Platon.

En effet, il s’agit de fournir une distinction et une définition stricte des concepts d’éristique, de rhétorique, d’antilogique et de dialectique qui font actuellement défaut dans les études d’histoire de la philosophie ancienne. 

Cette clarification procède de l’examen de la manière dont s’articulent les diverses procédures qui en relèvent et d’une étude sémantique, lexicale et contextuelle de ces concepts dans les écrits préplatoniciens puis chez Platon. Ceci en vue de l’élucidation de leur statut respectif et réciproque par l’analyse des occurrences des termes d’erizein, d’antilegein et de dialegesthai au sein de la production littéraire et philosophique préplatonicienne.

Ce travail consiste à déterminer les auteurs et penseurs présocratiques et préplatoniciens devant être légitimement intégrés à une Histoire antique de la dialectique. De sorte à intégrer à l’archéologie de la dialectique des penseurs qui ne sont actuellement pas même considérés comme étant des philosophes. 

Ainsi, s’évalue la dette de Platon envers les penseurs qui l’ont précédé. Réciproquement, c’est en mesurant cet héritage de la dialectique platonicienne que se peut véritablement apprécier sa spécificité. 

Enfin, se peuvent réhabiliter des penseurs préplatoniciens en tant que philosophes à part entière, contrairement à la manière dont l’histoire de la philosophie les a considérés jusqu’ici. Le point nodal de cette étude étant l’instauration du concept de « dialecticien préplatonicien ».

Joy
Lassier